Pétrole brut

            « Écoutez. Pétrole. Soyez attentif, concentrez-vous. Pé-trole. N’est-ce pas magnifique ? N’est-ce pas sublime ? Ce mot est une véritable symphonie pour l’oreille, un pur instant de jouissance artistique quand il traverse cet organe en faisant vibrer nos tympans ! Et avez-vous conscience de la puissance représentative de ce terme ? Fermez les yeux, détendez-vous et écoutez. Pétrole. Avez-vous vu ? Avez-vous ressenti ? Après un silence, il y a cette explosion, cette seizième lettre de l’alphabet, ce « P » qui jaillit des lèvres, accentué par ce « E » à l’accent aigu et le « T » que l’on pressent déjà, tout cela surgit, bondit, éclate dans l’atmosphère en s’échappant de la bouche. Et déjà, cette syllabe prononcée, apparaît devant nos yeux les immenses pompes à pétrole perdues dans le désert brûlant, qui s’inclinent et se relèvent, avec de délicats gestes, dans un mouvement serein et perpétuel, leurs roues arrières poursuivant leurs infinis rotations, encore et encore, dans le cliquetis et les chuintements que provoque cette somptueuse machine qui remonte des profondeurs minérales le pétrole ! Et le mot, à nouveau, jaillit, tel l’or noir jaillissant du trou où l’homme le puise ! Pétrole, pompe, les deux mots s’appellent, se demandent, se réclament ! Et la suite, cette suite merveilleuse ! Suivant la fontaine, suivant le jaillissement, c’est le ronronnement des machines qui nous taquine l’oreille grâce à ce « tr ». « Tr ». « Trrrrrr ». Mais il s’achève presque aussi vite pour laisser libre la scène de l’ouïe à ces trois dernières lettres qui esquissent devant nous le son apaisant de l’eau qui coule, ces gargouillis si connus, si reposant, si rafraîchissant, tout en nous indiquant clairement qu’il ne s’agit pas d’eau mais bien d’un liquide plus visqueux, plus gluant, plus noir, l’ « ole », l’ « oil », le pétrole.
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