Confinement 017 : Électro

Pulsions d’adrénaline, le cœur se précipite contre les os, excitation enrobée d’angoisse, étreint par la joie et la peur. La pente douce s’avance vers les portes glacées, ombragées ; s’étend par-dessus un angle du bâtiment au revêtement d’aluminium, qui engloutit les visiteurs. Une hésitation sur le « Tirez/poussez », sac ouvert, portique, le hall sombre et frais, vide, patiente. Première fois, les yeux s’égarent, caisses, accueil, vestiaires, figeant la pensée, le corps, et le cerveau se relance, le billet est enregistré, sous les doigts tremblotant sur l’écran, s’affiche. L’oreille gauche perçoit des notes sourdes, retenues, partielles : la direction s’indique d’elle-même. Contre le mur, à l’extrémité d’un tapis sur lequel se déverse la lumière postprandial tamisée par les baies vitrées, l’affiche de l’exposition, accompagnés des sons clairsemés, accélère les pulsations, qui trébuchent et manquent quelques battements. Une hôtesse reçoit poliment, répond chaleureusement au sourire crispé d’émotions, scanne les pixels noir et blanc et invite d’un geste à emprunter un casque audio. Devant, une double porte dont seul l’un des battants est accroché, donne une vue sur un univers bleuté agrémenté de violet, atemporel, immatériel.
Disposés en cubes empilées, posées sur des diagonales, à l’intérieur, des échafaudages construisent des blocs tout à la fois vides et fermés, ouverts et pleins, tracent un labyrinthe percé dans lequel déambuler aux envies. Entre deux tubes, des panneaux inscrivent en bleu et vert miroitant le nom des sections. Des boîtiers à quatre branchements se gonflent sur chaque poutre d’acier, prêts à recevoir les curieux. Les personnes se branchent, écouteurs plaquant leurs oreilles, attentives aux bandes, aux propos, aux mots, aux sonorités traversant leurs tympans, leurs pupilles illuminées des clips, des danses, des concerts, des répétitions, des interviews, qu’elles contemplent entièrement, partiellement, se débranchent, rejoignent une autre installation pour s’y connecter puis la quitter et se rattacher à une autre borne. La foule s’écoule, se frôlant dans des bruits de tee-shirt, de short ou de jupe froissés, murmurent. Entre deux écoutes, des claquements métalliques plus ou moins rythmés, des mots scandés vivement, ou des mixes multiples, hétéroclite prennent le relais : un cube dansant, les automates d’un groupe célèbre, la bande-son de l’exposition. Les explications se présentent en nuances de bleus ou en blanc et gris, des costumes se pavanent, des instrument s’enorgueillissent, des vitrines chatoient de tickets et de flyers passés. Au centre, enclos par une muraille d’épais tissus noir, un troisième cube se suppose par ses barres de LEDs, infléchies, luminescentes, explosions de couleurs qui ne cessent d’apparaître et de disparaître, distordues ou géométriques, pluies, rebonds, tableau hallucinatoire et hypnotique collées aux harmonies puissantes de la musique électro.
Propulsion. Yeux, oreilles, très lointaines pensées sont seuls existant. Infinité des sons, des compositions, l’univers se dévoile dans des notes creuses, à la paroi infime, ou basse et profonde, répercuté dans les os et les organes qui se détraquent et tremblent, au contraire des aigus qui caressent et effleure la peau frissonnante. Simple, complexe, rythme lent ou déchaîné, la musique semble provenir des âges premiers, du plus lointain du cosmos, du Big Bang crée par elle, née de lui, d’un avenir immémorial, inimaginable, donnant par avance au présent des mélodies futuristes. Elle s’exprime en couleurs néons, fluorescentes, clignotantes, parle au cerveau, converse avec le corps. Résonance, présence, impalpable, physique, elle s’incruste dans la chair tout en étant une vibration, règne dans l’atmosphère et sous le crâne. Imitation des cordes, des vents, des voix, d’un réel, elle se crée en tonalités hachuré, fantomatique, pleines, retenu, sourde, puissante, binaire, éthéré, brasse et ressasse l’immensité, s’élargit en éventail, se détaille et découle en vaste nuancier. En air et océan, en terre et en incendie, en ciel et en espace, elle se métamorphose en images, en sensations, en émotions. L’électro…
Expulsion. Un halo multicolore attire les yeux. Au-dessus de la tête, quatre mots rayonne : « La fête est finie. » Au sein de la philharmonie, la fête est finie. À l’extérieur, elle retentira encore, se développera, éclatera. L’électro s’emporte, s’envole. L’électro se vit. L’électro vit.

Merci à la Philharmonie de Paris ainsi qu’aux acteurs qui ont composé l’exposition Électro du 9 Avril au 11 Août 2019

Croquis N4

            Assise sur une belle chaise de fer forgé aux arabesques végétaux, le bas de sa robe flottant légèrement, portée au gré du vent, elle porta sa tasse de thé opaque à ses lèvres, et un regard dédaigneux sur les jardins tout en courbes qui s’étendaient voluptueusement, sous la terrasse. Un sourire malicieux apparu ; d’une main, elle le cacha derrière une serviette de tissu blanc, jouant à s’essuyer. Continuer à lire … « Croquis N4 »