Un univers miroir : la Traque

 

La Traque

 

Dimension double

Dès le début, j’ai souhaité faire un texte autour d’une promenade et des sensations qu’elle procure mais aussi raconter une poursuite mystérieuse, incompréhensible. D’un côté, la marche se devait d’être sereine et apaisante, tandis que de l’autre, avec la traque, il y a perte de cet univers paisible et plein de quiétude, amenant une course effrayante, une atmosphère quasiment nocive, emplie de danger. Enfin, au-delà de ces deux éléments, je souhaitais composer une ode à l’architecture, une poésie de la ville et de la nature mêlées, un texte étalant les sensations, plaisirs, bonheurs, joies d’une balade : l’air un peu froid, la beauté alentour, l’odeur des feuilles mortes, les bruits mécaniques et naturels,… Voilà tout ce que j’ai voulu rassembler et exposer dans ce texte.

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Échos

            Assis sur les marches de marbre noire poli, la tête baissée, un jeune homme aux cheveux ébouriffés bistre, presque ébène, martèle pensivement le coin de son bloc note d’un doigt nerveux et appuie son front dans son autre main, retenant également un stylo qu’il emploie pour souligner, parfois, un mot ou une phrase. Au-dessus de lui, deux filles chuchotent, discutent, plaisantent, derrière elles, un garçon les écoutent, commentent et s’esclaffent avec. Le jeune homme se tournent vers le groupe, lâche un regard, les yeux grands écarquillés, leur sourit et les trois rient tandis qu’il en revient à sa page, secouant la tête, conservant son sourire. Il cherche à retrouver sa concentration mais relie encore et encore la même phrase, sans la retenir, sans la comprendre, jusqu’à ce qu’une voix féminine interrompt cette boucle inutile.

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Prison de repos : le sanatorium

Le sanatorium

 

L’établissement du sanatorium

En réfléchissant, et en retournant au commencement, je découvre que l’idée du texte s’est développé bien loin de ce lieu lugubre : il y a environ un mois, je regardais un documentaire concernant les procès de Nuremberg. L’un des témoins présent était le dirigeant du camp d’Auschwitz, et lorsqu’il a parlé de la vie dans ce lieu, de manière assez inhumaine, j’ai imaginé les fours et vu d’immenses cheminées qui crachaient des cendres constamment, noyant les baraquements, les miradors, la maison, la campagne environnante dans un nuage, ou un brouillard perpétuel cendreux. (Je conseille Pluie de cendres et surtout Cendres sur les mains de Laurent Gaudé qui dessine quelque peu cette image.) Dans les jours suivants, j’ai réfléchi à cette image et ce que je pourrais en faire jaillir, et petit à petit, je me suis arrêté sur les fours, grossis en usine, aux cheminées, à la brique rouge mais sale. Et de cette dernière vision, ces briques, m’a fait songé au sanatorium de Waverly Hills.

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La traque

La grille rebondit, sursaute, tremble, puis claque.

Un instant, je ferme mes yeux, j’inspire longuement, j’expire lentement. L’air est tiède, un peu froid, rafraichissant ma poitrine, soufflant dans mon encéphale, bousculant mes pensées. J’inspire longuement, j’expire lentement, comme une première, comme une toute première fois, mes poumons découvrant l’oxygène, mes alvéoles redécouvrant la respiration, mon esprit goûtant, dégustant, savourant ce repas constamment renouvelé, toujours aussi exquis. J’inspire longuement, j’expire lentement. Je nettoie mon corps, ma tête, mon cœur. Et j’ouvre les yeux.

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Eternels

Dans un restaurant rapide. Une file d’attente. Beaucoup d’agitation. Les clients se hâtent, les caissiers s’empressent. Il saisit le gobelet blanc en carton plastifié, remercie, effectue un demi-tour, les yeux rivés sur son téléphone, ses doigts circulant promptement du haut au bas de l’écran. Il heurte la personne en attente derrière lui et renverse le soda sur celle-ci, engendrant une tâche  orange sur le débardeur blanc. Embarrassé, il balbutie des excuses, s’accroupit et récupère le couvercle. Une autre main que la sienne s’étend vers l’objet. Il relève son regard. Des yeux verts électriques admirent des yeux bruns, presque bistres. Sourire confus, sourire avenant. Nouvelles excuses bégayées. Sortie.

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Genèse

Il s’éveille. Gisant au sol, étendu à terre, ses paupières s’envolent, ses paupières s’écarquillent et il ne regarde rien, il ne voit que le vide, il aperçoit le néant. Il cille, encore et encore, il cille, puis, décide de s’élever, s’assoit, esquisse son premier sourire, et, de ses mains, se dressent debout. L’obscurité domine et règne. Il piétine, tourne sur lui-même. La noirceur s’étend et se déploie. Seul dans un immense espace vacant.
Soudain, il remarque que ses poches sont lourdes, sont enflées. Ses doigts glisse le long de son débardeur, s’enfonce dans la poche de son bermuda, coulent entre des objets froids et polis et s’emparent, du bout des phalanges, dans les abysses de coton, d’un rubis, qu’il reconnait au toucher et à un éclat lorsqu’il le place devant ses yeux dans l’obscurité. Son sourire s’élargit par la joie qui provient du gouffre de son ventre. Spontanément, il dépose un baiser sur la pierre précieuse et, avec force, l’expulse. Le silence et la noirceur répondent à ce geste. Il reste droit, debout. Alors, un scintillement apparaît à l’horizon, puis une raie de lumière, aussi légère que celle tracée sous une porte, et, lentement, un soleil naît et étire ses rayons sur le pays. Le jeune homme, resplendissant, admire la première aurore.
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Errants

Les épais et pesants nuages noirs qui dissimulaient le ciel nocturne s’illuminaient irrégulièrement, brutalement, jetant dans la chambre des éclats de lumière. Le tonnerre déchira le tissu de bruits urbains et fit trembler la vitre de la pièce. Cependant, la violence de ce temps estival ne réveillait pas Doryan. L’atmosphère chaude, étouffante qui écrasait l’appartement ne semblait pas rendre son sommeil difficile. Allongé sur le ventre, la tête sur le côté, de la salive s’échappant de sa bouche entrouverte et imbibant l’oreiller, sa main gauche s’étira sur le matelas, chercha, agrippa le drap. Il se réveilla subitement, s’assit hâtivement dans le lit.
« Floran ? »
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