L’Autre Face

Devant eux, la mer dessinait monts et vallées, dissimulant puis montrant dans un rythme épileptique, l’épave du bateau accrochée aux rochers. Les trois enfants dirigeaient leur embarcation droit vers la lugubre carcasse, cherchant à taire la peur qui murmurait à leurs oreilles. L’ouragan se déchaînait, hurlant sa furie, crachant sa rage, claquant. Les eaux glacées répondaient à ces mots brutaux avec violence, se métamorphosant en gueule abyssale ou en griffes effilées. La pluie déchirait leurs visages et les vagues s’engouffraient dans la barque, rêvant à l’emmener plus loin dans les profondeurs masquées.
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Communication

Sa queue-de-pie claquant dans le vent, Monsieur Blow s’avançait d’un pas pressé, retenant son haut-de-forme d’une main ferme. La bruine cessant un instant, il jeta un coup d’œil au ciel et remarqua un énorme dirigeable, sans doute un ballon de transport de marchandise, s’arrimer à un quai, quelques centaines de mètres au-dessus de la rue. Monsieur Blow profita de cette couverture éphémère pour retirer son chapeau et vider le rebord débordant d’eau, puis baissa à nouveau la tête pour poursuivre son chemin sous la pluie. Il tourna une première fois et s’éloigna des vrombissements mêlés des vapeurs et des dirigeables, allant et revenant autour des quais.
Enfin, prenant une ruelle sur sa droite, il s’enfonça entre les immeubles de briques et il n’y eut plus que le bruit de la bruine. Presqu’au bout de l’impasse, il grimpa trois marches de pierres, cogna du pommeau de sa canne la porte et tira un peu plus son chapeau pour se protéger de l’eau céleste. La rue était déserte, personne ne s’aventurait en ville sous un temps aussi sinistre. Il se pencha un peu sur le côté, élargissant sa vue, vérifiant les voies urbaines. Deux coups furent frappés de l’autre côté de la porte.
« Marghuerite. »
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Orage

L’orage approche. Grossissant tel un paquebot, s’élevant et s’étageant comme un gratte-ciel, dévorant le ciel et l’horizon, ses volutes grimpent et s’escaladent, se poussent et s’étendent, grisent et noircissent : l’orage approche. D’abord, une légère brise, puis le vent arrive, crachant ses bourrasques, vomissant ses rafales, s’essoufflant et reprenant à l’instant avec plus de vigueur, plus de force et déjà les nuages se déploient au-dessus de la ville, tel un drap qui recouvre une cage, tel une chape métallique qui dissimule une assiette.
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Le sanatorium

C’est une magnifique journée. Une sublime journée. De longs et doux rayons de soleil s’étirent sur la façade rouge, s’étendent à travers les percées sans vitres, vides et teintent l’immense couloir de losanges dorés, dessinant un dallage d’ombres et de lumières. Les mains posées sur les briques tièdes, me réchauffant délicatement, les narines frémissantes, j’hume les parfums de bois humides amenés par le vent frais, qui pénètre dans l’ensemble du bâtiment, grand ouvert, et qui soulève la peau, qui refroidit. Devant mes yeux, la forêt de pins s’étalent, mer d’un vert sombre, profond ; paisible, les grands épicéas bercés par le vent, se balançant harmonieusement. La vue est merveilleuse, magique, sur un paysage naturel, fantastique, un lieu tranquille qui ne peut qu’apaiser. Je suis bien, je suis calme. C’est une magnifique journée.

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