Cercles

            Ses yeux s’ouvrent.

            Immobile dans son lit, dans la pénombre cendrée de la chambre divisée par deux rayons plus pâles, Julien fixait aveuglément le plafond grisâtre, encore mal éveillé, à demi-conscient. Dans ses oreilles, vibrait, très lointaine, incertaine et fantomatique, l’irritante alarme du réveil. Il se retourna, froissant ses draps qui frémirent avec délicatesse, et tendit son bras vers l’appareil silencieux, le pivota et découvrit l’heure tardive qu’affichait l’écran, insensible. En un instant, il se dressa dans son lit, rejeta la couverture au pied du meuble et se jeta au bas du matelas. L’homme, à demi-vêtu, enfonça ses pieds dans les vêtements qui sommeillaient sur le parquet, nonchalant, à l’endroit où il les avait quittés et délaissés la veille au soir, s’y emmêla et trébucha, chutant contre la vitre. Une demie minute d’ambiguïté, de perte, une légère douleur lorsqu’il se cogna contre le verre froid, puis il se reprit, ouvrit la fenêtre, repoussa les volets et eut la vision d’un ciel lourd, plombé, déversant une pluie fine et constante. Aucun nuage n’était visible, fondu les uns dans les autres, annonçant une journée humide. Continuer à lire … « Cercles »

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Accident V2

            Les chants des oiseaux s’élancent dans l’atmosphère, rebondissent dans l’espace, se glissent, moelleusement, dans son oreille. C’est doux, calme, reposant, l’une de ces merveilleuses musiques composées et orchestrées par la nature qui assoupissent les sens pour n’écouter plus que la symphonie sauvage. La tête molle, soupirant d’aise, les yeux clos, dans un demi-sommeil, il déguste les gazouillis, les pépiements, les babillages qui s’échappent et flottent de tous côtés, plus aigus ou plus grave, rythmé, rapide ou lent, fort ou plus timide, mélodieux, harmonieux, apaisant. Derrière, cachés, presque imperceptibles, d’autres bruits se répercutaient contre le vide : du bois qui travaille, qui craque, brisé par une patte, par le vent, par la mort, des feuilles auburn délicatement remuées, d’autres feuilles, bercées par la brise, murmurant et chuchotant vivement, une branche qui grince, une autre qui chute et se casse, des sabots qui frappent la terre tapissée ou encore un bec cognant contre un tronc. Le concert d’une forêt. Continuer à lire … « Accident V2 »

Accident V1

            Un gazouillis plus fort que les autres retentit. Auparavant, les doux sifflements, les mélodieux babillages, les harmonieux pépiements résonnaient agréablement, formaient un concert désaccordé, d’une beauté naturelle et sauvage, qui touchait à peine ma conscience. Maintenant, après ce chant puissant, j’entends parfaitement les strophes, les couplets et les refrains sifflés autour de moi. Je perçois aussi le bruissement de feuilles, du bois qui craque, des feuilles mortes remuées et une branche qui casse. Et soudain, une forte vibration. Je sursaute. J’ai peur. Continuer à lire … « Accident V1 »