Exploration

            Une grille rouillée, à la peinture noire écaillée, clôturait la route. Les mains sur le portail, il contemplait la vaste surface herbue, plantée de rares arbres aux branches nues et la maison, étriquée et haute, qui s’élevait au milieu. Sur cette plaine nue, elle attirait le regard et semblait garder et surveiller tout l’espace alentour. D’épais nuages coulaient dans le ciel et assombrissaient plus ou moins l’espace. N’ayant aucun obstacle à subir, le vent soufflait sur le paysage plat, et Martin resserra d’une main sa veste. L’autre toujours suspendu, il secoua d’un coup vif la grille qui ne s’ouvrit, ni ne se détacha malgré son état lamentable. L’homme ne relâche pas la barre et poursuivit son examen silencieux de la demeure qui s’obstinait à tenir debout. Enfin, lorsqu’il ne put plus la supporter, emplie de cette image, il regarda le mur d’enceinte en briques rouge, y recherchant une faille, trou ou point d’accroche. Cependant, la vue étant mauvaise, il s’écarta, avança d’un pas vers la droite, jeta un œil vers la gauche et se décida, reprenant sa marche qui longea la propriété. Continuer à lire … « Exploration »

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Glaciale errance

            Brutalement, lourdement, la hache s’abattait dans le bois épais, dur et gelé qui avait constitué une charpente massive et qui gisait, en imposants morceaux, sur le sol enneigé d’une petite bâtisse en ruine, face à un individu engoncé dans des vêtements retenant mal la chaleur, et qui, debout, s’agitait avec vivacité. Le geste se répétait, maladroit, les gants aux paumes lisses n’agrippant plus l’instrument, la solide poutre résistant à l’acharnement de l’outil émoussé. Des éclats jaillissaient, s’envolaient pour choir dans la neige indemne de la pièce et parsemé l’espace blanc de surprenantes taches dorées, bientôt recouvert par les flocons épars qui engloutissait la maison percée. Aux alentours, le vent soufflait et sifflait, constant dans son habitude, adoptée plusieurs années auparavant, sans pause, sans respiration, une rafale éternelle peignant interminablement la terre, obstruant les oreilles de l’homme à tout autre sons, jusqu’à celui de la hache qui frappait et mordait la charpente non loin de lui. Continuer à lire … « Glaciale errance »

Neige

Le silence enrobe la forêt. Les arbres et les buissons, nus, demeurent immobile, recouverts d’une épaisse couche de neige. Adossé à un tronc, assis sur le sol gelé et recroquevillé sur lui-même, il relève brusquement la tête, alerté par un amas de flocons qui chute et disparait dans un bruit mat. Continuer à lire … « Neige »

Baiser

                D’une main légère, j’enfonce mes doigts dans tes cheveux blonds cendrés, mi- longs, duveteux, qui caressent ma paume, et les glissent, repoussant ta chevelure en arrière, en longeant l’arrière de ta tête, approchant délicatement ton visage du mien. Continuer à lire … « Baiser »

L’Incident du Vaisseau

Le soleil de fin d’après-midi étendait ses rayons dorés sur la ville pleine d’activités, les étendaient jusqu’aux grandes baies vitrées du hangar, placées en haut des façades, les traversaient, touchant et éclairant une foule de robes aux imposants jupons, de costumes marines ou noirs, d’ombrelles de dentelles, de haut-de-forme de diverses tailles, de gants aux teintes pâles et de moustache brossés, cheveux cirés, crânes dégarnis, chignons, cheveux en cascades, étrange et insolite rassemblement dans ce lieu d’efforts et de sueurs. Agités, impatients et excités, hommes et femmes s’adressaient la parole, échangeaient mots et phrases dans des chuchotements, se métamorphosant en bourdonnement bruyant. Tout en discutant, le peuple de tissus se déplaçait entre des grues, lourdes et immenses, et de larges boîtes de bois et de métal, riait, s’extasiait sur les machines, enjambait des rails, pestait contre les engins. Du coin des yeux, ils guettaient, veillaient sur la petite estrade aux planches vernis. Quelque part, beaucoup plus bas dans le bâtiment, une horloge au ton grave, obscur, frappa trois heures, l’édifice entier secoué par les coups pesants. Continuer à lire … « L’Incident du Vaisseau »

Omniprésences

            Son pied se pose sur la lame de parquet, qui s’enfonce et craque. Une planche chute, entraînant de la terre et quelques brins d’herbes, disparaissant dans l’obscurité. Penché au-dessus du trou, les jambes peu assurées, il dirigea sa lampe-torche dans la trouée, examinant le salon poussiéreux et délaissé depuis de nombreuses années qui attendaient sous ses pieds. Dans la pénombre crée par le rayon lumineux, la cheminée fracassée ouvrait un tunnel sombre, effrayant de voracité. Il promena sa lumière, trouva la planche tombée qui gisait, découvrit quelques bouteilles cassées, abandon d’individus ayant erré dans cette demeure avant lui, remarqua un éclat à sa droite, ne parvint pas à en deviner l’origine et s’arrêta sur un débris en forme de tête de chien, à côté de la cheminée. Quittant sa contemplation céleste, il enjamba la perforation, s’appuyant d’une main sur le mur au papier peint déchiré, humide et s’avança dans le vieux couloir, hanté par les brises et jonché de mauvaises herbes et de pousses d’arbres. La demeure vivait de ses nombreux bruits involontaires. Continuer à lire … « Omniprésences »

Croquis : le sabotage

            Il resserra son long manteau tout en plongeant sous la passerelle, pressé. Un courant d’air glacial soufflait dans les rues de la ville, givrant trottoirs, lampadaires, façades et passants. Une très fine, très mince neige recouvrait les installations urbaines, exceptés quelques tuyaux où les flocons s’évaporaient à peine déposés. Il marchait d’un pas vif, levant la tête à la berceuse vrombissante d’un bateau suspendu à un ballon, qui volait plus haut dans le ciel en direction d’un quai invisible à cet œil terrestre, puis retournant à la voie qui s’avançait devant lui, expulsait des fumerolles blanches entre ses lèvres entrebâillées et poursuivait, immuable. Le transporteur flottant éloigné, son ouïe perçut un ensemble d’autres bruits, ronronnements de chaufferies, chocs dans les tuyaux, bourdonnements lointains de véhicules aériens, sifflets de locomotives à vapeur, vents coupés par des feuilles de métal, bourrasques incisantes, qui s’estompaient avec le soleil ; la ville se coulait sereinement dans son silence nocturne. Continuer à lire … « Croquis : le sabotage »