Crépuscule

            Assis sur une vieille chaise en bois brut, s’appuyant de son bras gauche sur ses genoux, l’autre penchant mollement à ses côtés, il fixe l’horizon orangé, brûlé, rougeoyant. Dans son dos, le vent glisse le long de la dune, faisant rouler les grains distordus le long de la pente jusqu’aux pieds du meuble, jusqu’au bord du lac qui les emportera peut-être plus loin. Encastrée dans la terre sablonneuse, l’eau noire conserve le silence, s’éloigne, tranquille et douce, des rives, repoussée par la brise, vers les lointaines montagnes ébènes, qui déchirent le nord du paysage. Le soleil s’enfonce. Ses doigts se resserrent autour de la crosse du pistolet, la culasse reculée. Le cercle disparait, les derniers rayons s’étirent, vainement, et s’éteignent. En quelques minutes, une nuit ténébreuse s’est abattue sur l’espace désertique. Continuer à lire … « Crépuscule »

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Monstrueuse panne

            Ivre de fatigue, éreinté par sa journée, Ignace se balançait d’avant en arrière, sans y porter attention, sur le bord du quai, attendant le prochain train indiqué dans quelques minutes. L’horloge digitale de la station souterraine annonçait une heure tardive, les voyageurs peu nombreux et épars lui paraissait aussi exténués que lui. À sa gauche, un groupe de trois jeunes hommes, à peine moins vieux que lui, qu’il supposait éméchés, se bousculait en riant. Ignace conservait un sourire béat et bête, ignorant les individus qui gênaient un vagabond cherchant le sommeil sur un banc. Le temps était long, mais il profitait de la lenteur du trafic pour rejouer sa journée dans sa tête, fermer les yeux pour profiter des courants d’air froid qui cajolait son visage ou observer avec soin le tunnel obscur et s’interroger sur les être qui pouvaient y vivre : rats, chauve-souris, êtres humains, insectes, il réfléchissait aux désagréments qui pourraient les faire fuir ou aux avantages qu’ils obtiendraient en ce lieu. Deux phares blancs trouèrent la noirceur du tube, le projetèrent hors de ses pensées et le wagon de tête glissa et s’arrêta à l’autre bout du quai. Ignace laissa passer une femme et un vieil homme, monta à la fin du train et s’installa dans un carré vide, à côté de la fenêtre, dans le sens contraire de la marche. Continuer à lire … « Monstrueuse panne »

Communications (2)

            Nikola Blow, un petit tournevis en main, travaillait sur un interrupteur, la tête baissée, le haut du dos légèrement courbé, très concentré sur sa tâche. D’un battement de paupières, sa bulle se fissura, il sentit le poids du regard de Monsieur Noises qui lui était invisible. Il marqua une pause, cessant de tripoter la pièce de cuivre et de bois, fixa le néant puis osa relever la tête, la tourner à droite, confirmant sa sensation : l’ingénieur âgé l’observait intensément, le visage juste au-dessus de ses notes. Il paraissait être dans une profonde réflexion qui le concernait peut-être, cependant, n’étant pas dans l’esprit du vieil homme, ses suppositions demeuraient suspendues et il opta pour le silence, reprit le travail, n’entravant pas le fil des pensées qui se déroulait sous le front de son employeur. Le temps poursuivit ses lentes vacations et, cinq minutes, plus tard, surprenant Nikola Blow qui, incessamment, pivota sur son tabouret, Thomas Noises se releva, plutôt brutalement et avec bruits, et se dirigea fermement vers lui, en ayant récupéré la boîte de bois vernie qui protégeait l’audiographe et qui avait patienté sur le bureau de l’ingénieur une grande partie de la journée. Monsieur Blow attacha son regard sur le vieil homme, l’interrogeant, tandis qu’il déposait l’appareil à côté de son assistant, déployait sa machine et préparait un nouvel enregistrement. Continuer à lire … « Communications (2) »

Surtensions

« Respire. Doucement, respire. Respire. »
Les yeux grands écarquillés, immobile, il fixe de ce regard sans vie, sans conscience un nœud dans le bois du parquet, genoux repliés contre sa poitrine, enserrés dans ces bras. La bouche entrouverte, ses lèvres remuent rapidement, soufflant vite les mots d’une voix sourde, sans écouter ses propres paroles. Un frisson le parcourt, son corps tremble, ébranlé en profondeur. Soudain, un cri, proche de celui d’un oiseau, mais beaucoup plus fort, plus effrayant, éraillé et menaçant, qui retentit puissamment dans le ciel. Et l’immeuble est secoué, le plafond se fissurant ; quelques morceaux s’en détachent et chutent. Aussitôt, il resserre encore ses jambes et rentrent la tête. Continuer à lire … « Surtensions »