Glaciale errance

            Brutalement, lourdement, la hache s’abattait dans le bois épais, dur et gelé qui avait constitué une charpente massive et qui gisait, en imposants morceaux, sur le sol enneigé d’une petite bâtisse en ruine, face à un individu engoncé dans des vêtements retenant mal la chaleur, et qui, debout, s’agitait avec vivacité. Le geste se répétait, maladroit, les gants aux paumes lisses n’agrippant plus l’instrument, la solide poutre résistant à l’acharnement de l’outil émoussé. Des éclats jaillissaient, s’envolaient pour choir dans la neige indemne de la pièce et parsemé l’espace blanc de surprenantes taches dorées, bientôt recouvert par les flocons épars qui engloutissait la maison percée. Aux alentours, le vent soufflait et sifflait, constant dans son habitude, adoptée plusieurs années auparavant, sans pause, sans respiration, une rafale éternelle peignant interminablement la terre, obstruant les oreilles de l’homme à tout autre sons, jusqu’à celui de la hache qui frappait et mordait la charpente non loin de lui. Continuer à lire … « Glaciale errance »

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Rendez-vous

            Les flocons de neige se détachaient des dunes blanches, virevoltaient un instant dans le vent, souffle constant sur le paysage givré et rejoignaient les leurs plus loin, ou s’agrippaient aux jambes du pantalon de Quentin. Au-dessus de lui, les nuages couleur d’acier, fondaient les uns dans les autres, enfermant la plaine dans une étrange pénombre claire, qui donnait l’illusion d’une heure tardive alors que l’après-midi touchait à son apogée. Bras serrés contre sa poitrine, porté par l’air, se balançant insensiblement dans son hésitation, Quentin scrutait l’arbre esseulé et défeuillé, aux branches noueuses et griffues tendues vers le ciel, remuant vivement sur la rive, de l’autre côté du lac gelé. Sans consulter l’heure, il savait que son rendez-vous approchait de plus en plus et qu’à attendre, bêtement, déraisonnablement, le retard serait premier présent. Sur sa droite, à quelques centaines de mètres, un pont de pierre portant une route demeurait vide, comme le reste de l’espace blanc autour de lui. Rassuré par sa solitude, il posa un premier pied sur la glace et entama sa marche sur le lac. Continuer à lire … « Rendez-vous »