Crépuscule

            Assis sur une vieille chaise en bois brut, s’appuyant de son bras gauche sur ses genoux, l’autre penchant mollement à ses côtés, il fixe l’horizon orangé, brûlé, rougeoyant. Dans son dos, le vent glisse le long de la dune, faisant rouler les grains distordus le long de la pente jusqu’aux pieds du meuble, jusqu’au bord du lac qui les emportera peut-être plus loin. Encastrée dans la terre sablonneuse, l’eau noire conserve le silence, s’éloigne, tranquille et douce, des rives, repoussée par la brise, vers les lointaines montagnes ébènes, qui déchirent le nord du paysage. Le soleil s’enfonce. Ses doigts se resserrent autour de la crosse du pistolet, la culasse reculée. Le cercle disparait, les derniers rayons s’étirent, vainement, et s’éteignent. En quelques minutes, une nuit ténébreuse s’est abattue sur l’espace désertique. Continuer à lire … « Crépuscule »

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Loi économique

            « Nous ne pouvons plus poursuivre ainsi. »

            L’homme, tapotant compulsivement ses lèvres de son index, marque une pausa, respire et reprend.

            « Nous devons agir. Ces grèves répétées, ces personnes fainéantes, ces demandes incessantes, nous ne pouvons plus accepter cela. Même, au-delà, nous ne pouvons plus autoriser cela. Non seulement, nous perdons constamment face à cette populace, du fait d’obligations de fanatiques, mais nous perdons également sur le plan économique. Et, il s’agit d’une situation insupportable, une situation cauchemardesque et une situation inadmissible. Elle se doit d’être interdite ! » Continuer à lire … « Loi économique »

Le Bal

            Le talon s’enfonça dans la terre meuble. La femme aux cheveux châtains grommela et, s’appuyant sur le bras que lui tendait amicalement son mari, tira sur sa chaussure. Elle se dégagea et reprit sa marche, agrippée à son époux et grimpant le longe d’une pente douce. Le gazon remuait imperceptiblement, et inclinait le chapeau de l’homme. Ils suivaient les autres invités, d’un pas tranquille, qui, nonchalamment, erraient et vagabondaient sur la pelouse de la demeure tout en grimpant vers les doubles portes du château. Derrière, très loin, fracturant le ciel, une chaîne de montagne traçait la ligne d’horizon. Après quelques minutes de marche, ils passèrent le porche et pénétrèrent dans le somptueux édifice. Au-dessus des portes largement ouvertes, sur un petit balcon crénelé, un homme en costume militaire bleu et rouge, paré d’or et de médailles, une coupe de champagne à la main, contemplait le paysage et observait l’arrivée des derniers couples. Continuer à lire … « Le Bal »

Déclaration

            Il croque avec gourmandise et appétit dans une large tartine de pain grillé, beurré et sur laquelle il a délicatement glissé de la confiture de fraise. Craquante, il se délecte, savourant le goût sucré et fruité qui s’étale langoureusement sur sa langue. Attablé, il jette un œil à la grande pièce, aux quelques personnes assises, dégustant thé, café, chocolat, aux rayons de soleil qui teintaient le parquet de miel, aux conversations, aux serveurs qui se pressaient, goûtant son délicieux déjeuner. Il s’empare de son verre, boit deux longues gorgées de jus d’orange frais et reprend sa tartine, lorgnant déjà sur les viennoiseries qui jaillissaient du panier, posés au milieu de la table. Continuer à lire … « Déclaration »

Discours

                Madame la chef d’État, Messieurs les chefs d’États, Messieurs les Premiers Ministres, Messieurs les Ministres des Affaires Étrangères, Mesdames et Messieurs les conseillers d’États, je vous remercie tous pour votre présence à cette réunion d’urgence. Dans un premier temps, je tiens à souligner l’importance de cette assemblée ainsi qu’une obligation de confidentialité qui entoure ces discussions. C’est dans ce but, essentiel, qu’il n’y aura pas de procès-verbal, aucuns documents et l’absence de médias. L’ensemble des propos qui seront exprimés pendant cette séance exceptionnelle seront oublié en cas de nécessité. Je répète : la confidentialité est primordiale donc indispensable et exigée. Dans un second temps, je veux vous faire part des dernières projections établis par le groupe d’économistes que nous avons désignés. D’après les estimations chiffrées obtenues, et que vous avez pu consulter dans vos offices, il est fort probable que la crise économique que nous percevons soit proche et plus violente que la précédente : d’ici trois ans, un krach amenant une perte d’environ huit cents trente milliards, une inflation de quarante-cinq pour cent de tous produits, une augmentation de cent trois pour cent du taux chômage, avec, en outre, l’opinion public en chute. En conséquence, nous verrions l’effondrement des banques et l’anéantissement de notre système financier et politique. Nous constatons déjà un avis général défavorable à nos idées, une récession implantée dans notre paysage économique et un nombre de chômeur qui ne cesse de croître. Nous sommes devant des problèmes auxquels nous devons faire face et y remédier. Je propose donc, comme prévention et comme solution, la guerre. Continuer à lire … « Discours »