Cercles

            Ses yeux s’ouvrent.

            Immobile dans son lit, dans la pénombre cendrée de la chambre divisée par deux rayons plus pâles, Julien fixait aveuglément le plafond grisâtre, encore mal éveillé, à demi-conscient. Dans ses oreilles, vibrait, très lointaine, incertaine et fantomatique, l’irritante alarme du réveil. Il se retourna, froissant ses draps qui frémirent avec délicatesse, et tendit son bras vers l’appareil silencieux, le pivota et découvrit l’heure tardive qu’affichait l’écran, insensible. En un instant, il se dressa dans son lit, rejeta la couverture au pied du meuble et se jeta au bas du matelas. L’homme, à demi-vêtu, enfonça ses pieds dans les vêtements qui sommeillaient sur le parquet, nonchalant, à l’endroit où il les avait quittés et délaissés la veille au soir, s’y emmêla et trébucha, chutant contre la vitre. Une demie minute d’ambiguïté, de perte, une légère douleur lorsqu’il se cogna contre le verre froid, puis il se reprit, ouvrit la fenêtre, repoussa les volets et eut la vision d’un ciel lourd, plombé, déversant une pluie fine et constante. Aucun nuage n’était visible, fondu les uns dans les autres, annonçant une journée humide. Continuer à lire … « Cercles »

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Perversion

            La sonnerie du réveil retentit et s’arrête aussitôt, stoppé par une main vive qui s’empresse d’appuyer sur le bouton. Un sourire, Johan s’étire dans son lit, étendant ses bras aussi loin qui lui est possible, profite de ces quelques instants, puis soulève et jette la couverture au bas du matelas, se lève et quitte la chambre pour la salle d’eau. Il allume la radio, entre dans la douche, commence sa toilette au même moment où les enceintes déversent une nouvelle musique. Propre et habillé, il avance jusque dans la cuisine, reconnait les premières notes d’ « Uptown Girl », chantonne tout en préparant un bol de céréales, un jus d’orange et danse jusqu’à sa table, y apportant également du pain de la veille, du beurre et deux pots de confitures. Joyeux, Johan plonge sa cuillère, la porte à sa bouche et regarde le ciel gris qui couvre la ville, se meut sur sa chaise au rythme du refrain qui, soudain, se coupe. Il a un moment de perte. Et son regard le croise. Assis, face à lui.

            « Non, pas ce matin, pas aujourd’hui. » Continuer à lire … « Perversion »

L’Expérience

            « Tu rêves. »

            La femme écarquille les yeux et pose son verre sur la table en bois, abîmé par de trop nombreuses consommations. La salle murmure une douce musique, entre pop rock et électro ; les différents clients discutent joyeusement ou plus tranquillement, une ambiance détendue se dessine, excepté à une table, non loin du bar, un peu à droite du centre de la pièce, où une femme, faisant face à un homme, pince ses lèvres, sévère et mécontente. Antolin lui répond d’un regard incitant au silence.

            « Réfléchis. Pourquoi j’existe ? Pourquoi tu existes ? Pourquoi le monde existe ?

– Parce que je vois, je sens, j’entends, je touche, je goûte.

– Et les sens se trompent ! Illusions, échos, chimie, tromperie.

– Alors, regarde les sciences, les recherches, les faits.

– Ce n’est pas une preuve de l’existence.

– Ce qui ne prouve pas que tu as raison.

– Ne pas avoir raison ne signifie pas que j’ai tort. » Continuer à lire … « L’Expérience »