Cercles

            Ses yeux s’ouvrent.

            Immobile dans son lit, dans la pénombre cendrée de la chambre divisée par deux rayons plus pâles, Julien fixait aveuglément le plafond grisâtre, encore mal éveillé, à demi-conscient. Dans ses oreilles, vibrait, très lointaine, incertaine et fantomatique, l’irritante alarme du réveil. Il se retourna, froissant ses draps qui frémirent avec délicatesse, et tendit son bras vers l’appareil silencieux, le pivota et découvrit l’heure tardive qu’affichait l’écran, insensible. En un instant, il se dressa dans son lit, rejeta la couverture au pied du meuble et se jeta au bas du matelas. L’homme, à demi-vêtu, enfonça ses pieds dans les vêtements qui sommeillaient sur le parquet, nonchalant, à l’endroit où il les avait quittés et délaissés la veille au soir, s’y emmêla et trébucha, chutant contre la vitre. Une demie minute d’ambiguïté, de perte, une légère douleur lorsqu’il se cogna contre le verre froid, puis il se reprit, ouvrit la fenêtre, repoussa les volets et eut la vision d’un ciel lourd, plombé, déversant une pluie fine et constante. Aucun nuage n’était visible, fondu les uns dans les autres, annonçant une journée humide. Continuer à lire … « Cercles »

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Neige

Le silence enrobe la forêt. Les arbres et les buissons, nus, demeurent immobile, recouverts d’une épaisse couche de neige. Adossé à un tronc, assis sur le sol gelé et recroquevillé sur lui-même, il relève brusquement la tête, alerté par un amas de flocons qui chute et disparait dans un bruit mat. Continuer à lire … « Neige »

Baiser

                D’une main légère, j’enfonce mes doigts dans tes cheveux blonds cendrés, mi- longs, duveteux, qui caressent ma paume, et les glissent, repoussant ta chevelure en arrière, en longeant l’arrière de ta tête, approchant délicatement ton visage du mien. Continuer à lire … « Baiser »

Rêverie automnale

Les feuilles frémissent. Le vent, léger, calme et tiède, caresse tendrement les arbres qui se dépouillent de leurs feuillages aux multiples couleurs chaudes. Flottant quelques instants après s’être détachées leurs branches, elles glissent dans l’atmosphère, dansent et virevoltent, tourbillonnent encore et encore, puis se déposent, sereine, sur le sol humide, rejoignant leurs nombreuses sœurs. L’ocre, le rouge, le jaune, l’auburn, le brun, le bordeau, l’orange tapissent la terre souple et mouillée, et teintent le ciel branchu de centaines de nuances ardentes et pétillantes. Perdu entre les troncs dénudés, loin de la lisière, un cerf brame, longuement, sa voix grave et profonde résonnant dans le bois endormi.

Ma Voix

            Les mains se portent sur ma gorge, se posent sur la peau tendue, fraîche, les doigts enserrant légèrement le cou, suffisamment pour le retenir, à peine de quoi étouffer, et ma bouche s’ouvre, lâchant un soupir minuscule, quasiment inaudible, qui aurait dû être un son articulé, un mot compréhensible ou peut-être un cri de terreur, un hurlement de désespoir, un bruit sauvage, instinctif, spontané, le phonème d’un évènement monstrueux. Ma voix a disparu. Continuer à lire … « Ma Voix »