Cercles

            Ses yeux s’ouvrent.

            Immobile dans son lit, dans la pénombre cendrée de la chambre divisée par deux rayons plus pâles, Julien fixait aveuglément le plafond grisâtre, encore mal éveillé, à demi-conscient. Dans ses oreilles, vibrait, très lointaine, incertaine et fantomatique, l’irritante alarme du réveil. Il se retourna, froissant ses draps qui frémirent avec délicatesse, et tendit son bras vers l’appareil silencieux, le pivota et découvrit l’heure tardive qu’affichait l’écran, insensible. En un instant, il se dressa dans son lit, rejeta la couverture au pied du meuble et se jeta au bas du matelas. L’homme, à demi-vêtu, enfonça ses pieds dans les vêtements qui sommeillaient sur le parquet, nonchalant, à l’endroit où il les avait quittés et délaissés la veille au soir, s’y emmêla et trébucha, chutant contre la vitre. Une demie minute d’ambiguïté, de perte, une légère douleur lorsqu’il se cogna contre le verre froid, puis il se reprit, ouvrit la fenêtre, repoussa les volets et eut la vision d’un ciel lourd, plombé, déversant une pluie fine et constante. Aucun nuage n’était visible, fondu les uns dans les autres, annonçant une journée humide. Continuer à lire … « Cercles »

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Déraciné

            Au-dessus du château qui dominait la plaine marécageuse, le tonnerre éclata et le paysage ainsi que le bâtiment tremblèrent, effrayés par ce coup de fureur. Même Salvaric, debout sur le chemin de ronde, appuyé sur les créneaux, sursauta, déconcerté par la violence de la nature. Il leva la tête et observa le ciel gris, examina les nuages lourds et frissonna lorsque les premières rafales de vent s’écrasèrent contre l’épaisse muraille et le secouèrent. Un premier éclair déchira la couche nuageuse et descendit jusqu’à l’horizon. L’atmosphère, déjà belle et mélancolique, devint également froide, très froide. Continuer à lire … « Déraciné »

Prison de repos : le sanatorium

Le sanatorium

 

L’établissement du sanatorium

En réfléchissant, et en retournant au commencement, je découvre que l’idée du texte s’est développé bien loin de ce lieu lugubre : il y a environ un mois, je regardais un documentaire concernant les procès de Nuremberg. L’un des témoins présent était le dirigeant du camp d’Auschwitz, et lorsqu’il a parlé de la vie dans ce lieu, de manière assez inhumaine, j’ai imaginé les fours et vu d’immenses cheminées qui crachaient des cendres constamment, noyant les baraquements, les miradors, la maison, la campagne environnante dans un nuage, ou un brouillard perpétuel cendreux. (Je conseille Pluie de cendres et surtout Cendres sur les mains de Laurent Gaudé qui dessine quelque peu cette image.) Dans les jours suivants, j’ai réfléchi à cette image et ce que je pourrais en faire jaillir, et petit à petit, je me suis arrêté sur les fours, grossis en usine, aux cheminées, à la brique rouge mais sale. Et de cette dernière vision, ces briques, m’a fait songé au sanatorium de Waverly Hills.

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