Exploration

            Une grille rouillée, à la peinture noire écaillée, clôturait la route. Les mains sur le portail, il contemplait la vaste surface herbue, plantée de rares arbres aux branches nues et la maison, étriquée et haute, qui s’élevait au milieu. Sur cette plaine nue, elle attirait le regard et semblait garder et surveiller tout l’espace alentour. D’épais nuages coulaient dans le ciel et assombrissaient plus ou moins l’espace. N’ayant aucun obstacle à subir, le vent soufflait sur le paysage plat, et Martin resserra d’une main sa veste. L’autre toujours suspendu, il secoua d’un coup vif la grille qui ne s’ouvrit, ni ne se détacha malgré son état lamentable. L’homme ne relâche pas la barre et poursuivit son examen silencieux de la demeure qui s’obstinait à tenir debout. Enfin, lorsqu’il ne put plus la supporter, emplie de cette image, il regarda le mur d’enceinte en briques rouge, y recherchant une faille, trou ou point d’accroche. Cependant, la vue étant mauvaise, il s’écarta, avança d’un pas vers la droite, jeta un œil vers la gauche et se décida, reprenant sa marche qui longea la propriété. Continuer à lire … « Exploration »

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Cercles

            Ses yeux s’ouvrent.

            Immobile dans son lit, dans la pénombre cendrée de la chambre divisée par deux rayons plus pâles, Julien fixait aveuglément le plafond grisâtre, encore mal éveillé, à demi-conscient. Dans ses oreilles, vibrait, très lointaine, incertaine et fantomatique, l’irritante alarme du réveil. Il se retourna, froissant ses draps qui frémirent avec délicatesse, et tendit son bras vers l’appareil silencieux, le pivota et découvrit l’heure tardive qu’affichait l’écran, insensible. En un instant, il se dressa dans son lit, rejeta la couverture au pied du meuble et se jeta au bas du matelas. L’homme, à demi-vêtu, enfonça ses pieds dans les vêtements qui sommeillaient sur le parquet, nonchalant, à l’endroit où il les avait quittés et délaissés la veille au soir, s’y emmêla et trébucha, chutant contre la vitre. Une demie minute d’ambiguïté, de perte, une légère douleur lorsqu’il se cogna contre le verre froid, puis il se reprit, ouvrit la fenêtre, repoussa les volets et eut la vision d’un ciel lourd, plombé, déversant une pluie fine et constante. Aucun nuage n’était visible, fondu les uns dans les autres, annonçant une journée humide. Continuer à lire … « Cercles »

L’Expérience

            « Tu rêves. »

            La femme écarquille les yeux et pose son verre sur la table en bois, abîmé par de trop nombreuses consommations. La salle murmure une douce musique, entre pop rock et électro ; les différents clients discutent joyeusement ou plus tranquillement, une ambiance détendue se dessine, excepté à une table, non loin du bar, un peu à droite du centre de la pièce, où une femme, faisant face à un homme, pince ses lèvres, sévère et mécontente. Antolin lui répond d’un regard incitant au silence.

            « Réfléchis. Pourquoi j’existe ? Pourquoi tu existes ? Pourquoi le monde existe ?

– Parce que je vois, je sens, j’entends, je touche, je goûte.

– Et les sens se trompent ! Illusions, échos, chimie, tromperie.

– Alors, regarde les sciences, les recherches, les faits.

– Ce n’est pas une preuve de l’existence.

– Ce qui ne prouve pas que tu as raison.

– Ne pas avoir raison ne signifie pas que j’ai tort. » Continuer à lire … « L’Expérience »