Crépuscule

            Assis sur une vieille chaise en bois brut, s’appuyant de son bras gauche sur ses genoux, l’autre penchant mollement à ses côtés, il fixe l’horizon orangé, brûlé, rougeoyant. Dans son dos, le vent glisse le long de la dune, faisant rouler les grains distordus le long de la pente jusqu’aux pieds du meuble, jusqu’au bord du lac qui les emportera peut-être plus loin. Encastrée dans la terre sablonneuse, l’eau noire conserve le silence, s’éloigne, tranquille et douce, des rives, repoussée par la brise, vers les lointaines montagnes ébènes, qui déchirent le nord du paysage. Le soleil s’enfonce. Ses doigts se resserrent autour de la crosse du pistolet, la culasse reculée. Le cercle disparait, les derniers rayons s’étirent, vainement, et s’éteignent. En quelques minutes, une nuit ténébreuse s’est abattue sur l’espace désertique. Continuer à lire … « Crépuscule »

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Traversée

Il porta une main à son front et acheva par y apposer son poing. Il appuyait sur son crâne, cherchant à déverser sa douleur à l’extérieur de lui-même. Une mauvaise migraine travaillait sa tête depuis le matin-même, et il lui semblait qu’elle ne le rejetterait pas encore. Assis à son bureau, face à son ordinateur, en ce début d’après-midi gris, il fixait l’écran, ses mains écrasant ses tempes. La surface lumineuse l’irritait, les lignes de textes affichées l’exasperaient, il se sentait exténué mais ne voulait pas quitter son poste, ne souhaitait pas s’arrêter plus tôt. Enfin, il s’autorisa à fermer les yeux une seconde, juste une seconde, ce qu’il s’était abstenu de faire pr eur de craquer et partir. Ses paupières glissèrent, se touchèrent, et il plongea.

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Croquis N1

            L’énorme vaisseau flottant longea le gratte-ciel de briques, ses puissants moteurs ronronnant et vibrant, l’air tressaillant de ce bourdonnement et les vitres tremblant dans leurs croisées. L’ombre du bateau en métal assombrit la pièce ; sur le pont, un homme, sa cape voletant derrière lui, se tenait droit, immobile, et fixait le bâtiment, les yeux largement ouvert, observant, examinant l’intérieur du building dissimulé par les hautes fenêtres, à la recherche d’un détail extraordinaire. Modéré, le ballon s’éloigna, l’homme disparu, les trois hélices scindèrent l’atmosphère et poussèrent le bateau des airs loin de l’immense immeuble. Alors, un homme quitta sa cachette, découverte derrière un large tuyau de fonte noir, jeta un rapide coup d’œil au travers des baies vitrées et s’enfuit, par un petit escalier de secours, de la pièce vide…

 

Rêverie automnale

Les feuilles frémissent. Le vent, léger, calme et tiède, caresse tendrement les arbres qui se dépouillent de leurs feuillages aux multiples couleurs chaudes. Flottant quelques instants après s’être détachées leurs branches, elles glissent dans l’atmosphère, dansent et virevoltent, tourbillonnent encore et encore, puis se déposent, sereine, sur le sol humide, rejoignant leurs nombreuses sœurs. L’ocre, le rouge, le jaune, l’auburn, le brun, le bordeau, l’orange tapissent la terre souple et mouillée, et teintent le ciel branchu de centaines de nuances ardentes et pétillantes. Perdu entre les troncs dénudés, loin de la lisière, un cerf brame, longuement, sa voix grave et profonde résonnant dans le bois endormi.

Suggestions V1

« Prenez votre verre. »

Mon regard s’échappe, flotte un instant et se pose sur l’homme qui m’a ordonné, fixement. Mon oreille englobe le son, l’ingère, mon cerveau capte, cherche, se perd, reprend, comprend. Cet homme me commande de m’emparer d’un verre. Pas n’importe quel verre. Ce verre, dans l’angle de la table, à moitié plein. Ou à moitié vide. Dans lequel j’ai trempé mes lèvres. Je dois le saisir. Mais, pourquoi ? Est-ce que j’ai soif ? Je me racle la gorge, salive un peu. Parfaitement hydratée, pas le moindre désir de prendre ce verre. Alors, pourquoi ? Parce qu’il me l’a demandé. Il me l’a ordonné. Donc, avec toute la logique qui doit être exécuté, je dois prendre ce verre. Continuer à lire … « Suggestions V1 »

L’Expérience

            « Tu rêves. »

            La femme écarquille les yeux et pose son verre sur la table en bois, abîmé par de trop nombreuses consommations. La salle murmure une douce musique, entre pop rock et électro ; les différents clients discutent joyeusement ou plus tranquillement, une ambiance détendue se dessine, excepté à une table, non loin du bar, un peu à droite du centre de la pièce, où une femme, faisant face à un homme, pince ses lèvres, sévère et mécontente. Antolin lui répond d’un regard incitant au silence.

            « Réfléchis. Pourquoi j’existe ? Pourquoi tu existes ? Pourquoi le monde existe ?

– Parce que je vois, je sens, j’entends, je touche, je goûte.

– Et les sens se trompent ! Illusions, échos, chimie, tromperie.

– Alors, regarde les sciences, les recherches, les faits.

– Ce n’est pas une preuve de l’existence.

– Ce qui ne prouve pas que tu as raison.

– Ne pas avoir raison ne signifie pas que j’ai tort. » Continuer à lire … « L’Expérience »