Cercles

            Ses yeux s’ouvrent.

            Immobile dans son lit, dans la pénombre cendrée de la chambre divisée par deux rayons plus pâles, Julien fixait aveuglément le plafond grisâtre, encore mal éveillé, à demi-conscient. Dans ses oreilles, vibrait, très lointaine, incertaine et fantomatique, l’irritante alarme du réveil. Il se retourna, froissant ses draps qui frémirent avec délicatesse, et tendit son bras vers l’appareil silencieux, le pivota et découvrit l’heure tardive qu’affichait l’écran, insensible. En un instant, il se dressa dans son lit, rejeta la couverture au pied du meuble et se jeta au bas du matelas. L’homme, à demi-vêtu, enfonça ses pieds dans les vêtements qui sommeillaient sur le parquet, nonchalant, à l’endroit où il les avait quittés et délaissés la veille au soir, s’y emmêla et trébucha, chutant contre la vitre. Une demie minute d’ambiguïté, de perte, une légère douleur lorsqu’il se cogna contre le verre froid, puis il se reprit, ouvrit la fenêtre, repoussa les volets et eut la vision d’un ciel lourd, plombé, déversant une pluie fine et constante. Aucun nuage n’était visible, fondu les uns dans les autres, annonçant une journée humide. Continuer à lire … « Cercles »

Publicités

Dernière soirée

            Le verre glacé porté à ses lèvres, il le dépose sur le comptoir. IL glisse entre doigts, lui échappe et chute de quelques centimètres, l’éclaboussant ainsi que le comptoir. Il s’essuie distraitement, passe rapidement la serviette sur le vernis et se tourne vers la salle, toujours assis sur le haut tabouret, dos à son verre, placé à côté du dessous, le regard vide, distrait et absorbé dans ses pensées. Le lieu est bruyant, la musique électronique, dégoulinant des enceintes, résonne et vibre, faisant trembler les murs et pulser le sol. Il se dresse et jette un œil vers le fond de la grande pièce sur les platine et l’homme qui brille derrière, s’interrogeant sur l’éventualité de baisser le son, peut-être de le couper. Aussitôt, la musique change, devient plus rythmé, encore plus puissante et sur la piste de danse, la foule se met à sauter sur place, irrégulièrement. Un nouveau jeu de lumière démarre, accompagnant harmonieusement le morceau de flash, d’éclairs et de lasers, coloriant la salle de bleu, de rose, de vert, de jaune, de rouge ou de violet, les gens prenant la même teinte. Il soupire, se retourne et croise le regard du barman qui s’empare du contenant pour le placer sur le dessous de verre avant de servir un autre client. Il boit une nouvelle gorgée, sort son portable et regarde l’heure. Continuer à lire … « Dernière soirée »

Hors-la-Loi

            « Résumé et simplification de la nouvelle loi, surnommée Loi des Normes qui sera officielle dans trois heures. Toute personne ayant une relation plus qu’amical, c’est-à-dire, une relation amoureuse et/ou des relations charnelles avec une personne de même sexe sera condamné à mort. Il en sera de même pour le ou la partenaire de ladite personne. »

            Alors que la voix du chroniqueur allait poursuivre sur les diverses peines de morts, toutes cherchant à surpasser la douleur que pouvait procurer la précédente, Valentin éteignit la radio. Derrière lui, devant un sac-à-dos ouvert et à demi-rempli, Hadrien fixait l’objet qui venait de se taire, tétanisé.

            « Ne t’en fais pas, nous serons partis avant. » Continuer à lire … « Hors-la-Loi »

Ma Voix

            Les mains se portent sur ma gorge, se posent sur la peau tendue, fraîche, les doigts enserrant légèrement le cou, suffisamment pour le retenir, à peine de quoi étouffer, et ma bouche s’ouvre, lâchant un soupir minuscule, quasiment inaudible, qui aurait dû être un son articulé, un mot compréhensible ou peut-être un cri de terreur, un hurlement de désespoir, un bruit sauvage, instinctif, spontané, le phonème d’un évènement monstrueux. Ma voix a disparu. Continuer à lire … « Ma Voix »

Femme Fatale – Noyé

Je t’admire. Je contemple l’homme magnifique, l’homme splendide que tu es. Un être superbe de corps et plus encore de cœur. Ton visage aux fins traits courbés,  ton petit nez au-dessus d’une bouche également peu grande, tes cheveux d’un noir ténébreux et constamment ébouriffé et surtout  tes yeux verts, tes yeux verts électriques. Ces iris aux couleurs exceptionnelles qui te racontaient. Attentionné, gentil, drôle malgré un humour parfois bas, serviable quand tu le décidais, toujours protecteur, doux, à l’écoute et bavard, partageant avec moi beaucoup tout en nous offrant la liberté, également impatient et provoquant quelques fois des disputes volontairement. Je t’aimais pour cela et plus. Et c’est aussi pour ces raisons que je m’extasie encore face à toi. Sans doute, cela est inutile puisque tu ne peux qu’observer mes lèvres bouger sans entendre un terme prononcer par celles-ci. Comprends, malgré l’obstacle, que mes compliments sont sincères. Continuer à lire … « Femme Fatale – Noyé »

Accident V1

            Un gazouillis plus fort que les autres retentit. Auparavant, les doux sifflements, les mélodieux babillages, les harmonieux pépiements résonnaient agréablement, formaient un concert désaccordé, d’une beauté naturelle et sauvage, qui touchait à peine ma conscience. Maintenant, après ce chant puissant, j’entends parfaitement les strophes, les couplets et les refrains sifflés autour de moi. Je perçois aussi le bruissement de feuilles, du bois qui craque, des feuilles mortes remuées et une branche qui casse. Et soudain, une forte vibration. Je sursaute. J’ai peur. Continuer à lire … « Accident V1 »

Drame

« Je te salue et tu ne me réponds pas. Bonjour. Je t’ai dit « Bonjour ». Mais de ta part, rien. Tu me regardes, ahuri, détourne les yeux vers le canapé, puis m’observe à nouveau, aussi ahuri. Tu ne me reconnais pas et pourtant, je n’ai pas changé. Aucune transformation, aucune métamorphose. Ce qui a changé, c’est le regard que tu as sur moi, c’est les pensées que tu as et diriges vers moi. Moi, je n’ai pas changé.
Continuer à lire … « Drame »